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Au VIIIe s. s'étendait, non loin du site actuel de la ville, le territoire des Berbères Berghouata, adeptes de l'hérésie kharidjite. Cette situation provoqua tout naturellement, vers le Xe s., la création d'un couvent fortifié, ou ribat, d'ou des guerriers musulmans orthodoxes, qui présentent plus d'un trait commun avec les templiers, devaient mener pendant plusieurs siècles la guerre sainte contre les Berghouata.
La première capitale almohade. C'est probablement vers 1146, après la chute de Fès, qu'Abd el Mou'men se rendit maître de la contrée. Prenant rapidement conscience de l'intérêt de la position du ribat et de la ville voisine de Salé pour un royaume dont la capitale était à Marrakech, il entreprit d'aménager le ribat en une kasba, forteresse dotée d'un palais ou il séjourna à plusieurs reprises. Ce fut alors le point d'appui du camp ou se rassemblaient les moudjahidin, les combattants de la Foi, au départ et au retour des campagnes en Espagne. Son petit-fils, Yacoub el Mansour, rêva d'en faire sa capitale. Lorsqu'il mourut, en 1199, on avait déjà élevé une vaste enceinte et la mosquée, restée inachevée, dont la tour Hassan est le souvenir le plus imposant. Ribat el Fath, conçue suivant un plan trop ambitieux, périclita après la mort de son fondateur et se réduisit à la taille d'une petite bourgade. Après les luttes entre Almohades et Merinides, et maigre la tentative de ces derniers de la relever (construction de la grande mosquée et de la necropole de Chellah), la ville ne cessa de décliner : Leon l'Africain, au XVIe s., la dit réduite â une centaine de maisons habitées.
Salé-le-Neuf et Salé-le-Vieux. L'arrivée, en 1609, de réfugies musulmans venus d'Espagne, les Andalous, provoqua une première renaissance de la ville. Parmi eux, un important contingent de Hornacheros (originaires de Hornachos), aidèrent le sultan saadien Moulay Zidân à affermir son trône. Les nouveaux venus, rejoints par d'autres Andalous, occupèrent l'emplacement de l'actuelle médina, connue des lors sous le nom de Sale-le-Neuf, par opposition à Sale-le- Vieux situe sur l'autre rive du Bou Regreg. Un État vivant de piraterie. Hornacheros et Andalous instituèrent, en 1627, une curieuse république sous le nom de République du Bou Regreg. L'actuelle kasba des Oudaïa leur tenait lieu de capitale. Un caïd élu pour un an, assisté d'un conseil, présidait aux destinées de cet étrange petit Etat vivant de piraterie et occupant ses loisirs à de continuelles luttes triangulaires entre Andalous, Hornacheros el habitants de Sale le Vieux. La piraterie procurait à cette république la totalité de ses ressource,. L'argent amasse en Espagne par les Hornacheros leur permit d'équiper une flotte importante et leur soif de vengeance fit le reste. Des renégats européens vinrent se joindre à eux, telle le Hollandais Jan Janssen, plus connu pour ses redoutables exploits sous le nom de Morat RaÏs.
Pirates mais commerçants. Les vaisseaux espagnols et portugais furent au début les seules victimes de cette guerre de course puis, il l'instar des pirates d'Alger, les Saletins s'attaquèrent à tous les navires. Ils s'aventurèrent jusque dans les eaux britanniques et même dans les parages de Terre-Neuve. La France et l'Angleterre eurent particulièrement à souffrir de cette agressivité, d'autant que leur port quasi inviolable et leur kasba pratiquement inexpugnable rendaient inutiles les démonstrations navales de représailles. Les puissances européennes préférèrent négocier. Un marchand marseillais, Pierre Mazet, installe dans la cité depuis 1626, y fut le premier " consul de la nation française ". Assez paradoxalement d'ailleurs, les puissance européennes ne répugnaient pas à commercer avec les Saletins leur vendant même au besoin armes et munitions. L'annexion de la République du Bou Regreg au royaume chérifien en 1666 ne modifia pas l'ordre des choses. Un gouverneur alaouite vint simplement assister le caïd et diriger les opérations pour le compte du souverain. Malgré les représailles, la piraterie ne pendra fin que sous le règne de Mou- y Abd er Rahman. Son dernier acte sera en 1829, la saisie d'un navire autrichien. |